Vie professionnelle des mères: retour arrière

Vie professionnelle des mères: retour arrière

 

Même si la figure de la mère-salariée dynamique est valorisée, les freins à son ambition professionnelle s'accumulent

 

Premiers résultats de l’enquête Ipsos parue le 4 avril dernier sur le thème de l’ambition au féminin.
 
 
 
 
Entre 18 et 29 ans, 60% des femmes déclarent s’être déjà préparées à mettre leur carrière entre parenthèse contre 37% des hommes

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Certains freins sont liés à l’éducation reçue petites filles.
Si les freins à l’égalité trouvent leur origine très tôt, dès l’enfance, dans l’éducation des filles et des garçons, les résultats de l’enquête pointent que ces freins s’inscrivent durablement dans les trajectoires de vie mais sont prégnants chez les femmes les plus jeunes. Ces dernières se mettent des freins, une différence mesurée et intégrée depuis l’enfance. Jeune adulte, elles ont intégré le fait qu’elles devront mettre leur carrière entre parenthèses dans les années qui suivent. Il est donc probable que bon nombre d’entre elles affichent une ambition professionnelle plus modérée en perspective de cette phase de mise entre parenthèses.

Les mères-salariées pâtissent professionnellement des contraintes liées à l'articulation travail/famille
Contraintes à jongler entre travail, maison et enfants, les femmes rencontrent, plus que les hommes, des difficultés à mener de front leur vie professionnelle et leur vie de mère.
Les temps d’accueil de l’enfant seraient inadaptés à leurs horaires de travail ce qui auraient, selon l’enquête,  des conséquences négatives sur leur carrière et leur évolution professionnelle. De même que rester à la maison lorsqu’un enfant était malade ou prendre un congé parental joueraient en leur défaveur.

Les grossesses toujours payées au prix fort
Avoir un enfant est perçu comme un frein puissant à la carrière et à l’ambition professionnelle des femmes, et ce quel que soit l’âge. En effet, les femmes ont déjà été amenées ou pensent l’être, à mettre leur carrière de côté durant une ou plusieurs années. Les mères d’un enfant de moins de 10 ans sont d’autant plus nombreuses à l’avoir fait. En revanche, la proportion des hommes à mettre leur carrière entre parenthèses reste très faible.

Les mères-salariés ne sont pas toujours soutenues par leur conjoint
Malgré une attitude d’écoute et de conseil, le conjoint s'impliquerait moins dans le partage des tâches domestiques. Un soutien "vrai" leur permettraient d’avoir les moyens de leurs ambitions professionnelles.
Mais mettre sa carrière entre parenthèses n’a pas le même sens pour les hommes et les femmes : ces dernières le font pour partager plus de temps avec leurs enfants ou parce qu’elles jugent plus nécessaire d’être auprès d’eux.  Les hommes qui ont mis leur carrière entre parenthèses l’ont fait parce que leur travail ne les intéressait plus ou pas assez ou parce qu’aucun poste correspondant à leurs ambitions ne leur avait été proposé.
L’enquête montre cependant que bon nombre voire la majorité d’entre elles se disent satisfaites de l’équilibre entre leur vie privée et leur vie professionnelle, de l’intérêt qu’elles portent à leur travail et à de leur niveau de responsabilités. Autant que les hommes.

Les femmes doutent … et réduisent d’elles-mêmes leurs ambitions
L’enquête menée, par Etienne Mercier, Directeur du département Politique et Opinion chez Ipsos, dresse un panorama plutôt pessimiste de la situation: il parle de « parenthèse désenchantée ». Les femmes sont toutes aussi ambitieuses que les hommes et les Françaises comme les Français ont donc, à priori, une meilleure image de l’ambition féminine que de l’ambition masculine. Si le panorama semble inquiétant c’est que les réponses de la jeune génération de femmes ont montré qu’elles avaient été peu soutenues dans leur éducation sur leur envie de réussite professionnelle. D’elles-mêmes, elles se mettent des freins et sont dans le doute. Car le prix à payer de l’ambition professionnelle féminine reste couteux et les maternités sont payées au prix fort. 
Seul bémol positif pointé par Dominique Lévy-Saragossi, la figure de la femme ambitieuse est connotée de façon positive, reçue en France avec des valeurs de dynamisme, de courage et de modération, là où l’homme, lui, est considéré comme arriviste. Elle est valorisée mais d’un point de vue théorique uniquement. En effet, tout en déclarant le bien-fondé de l’ambition, les jeunes femmes pointent elles mêmes les limites et les posent en terme de maintien de l’équilibre entre réussite professionnelle conjuguée à la réussite de leur vie familiale et de couple. La restriction de leur ambition est intégrée et les idées du « On ne peut pas tout avoir » « Le féminisme c’est dépassé ! » «Une femme qui réussit c’est qu’elle a une revanche à prendre !» Ces discours ne sont plus seulement masculin, l’enquête a montré, que qu’ils étaient devenus féminins.
Aujourd’hui, il semble que les femmes mettent entre parenthèse leur carrière car elles attendent peu de la vie professionnelle. Leur ambition a changé de nature ou de paradigme: elles priorisent désormais le bien-être et recherche le sens dans leur travail. Elles visent l’équilibre dans la conciliation travail/famille ainsi que la réussite de leur famille et de leur couple. Leur réussite professionnelle ne peut se faire au détriment de la vie privée.
 
Dans un contexte de crise, les valeurs changent. Le repli sur les valeurs traditionnelles semblent la réponse appropriée face à un univers professionnel qui n’offre que peu de choses à attendre. 
 

 

visuel IPSOS

 

Voir les chiffres sur:

http://www.ipsos.fr/evenement/actualites/2014-03-28-forum-elle-active-notre-etude-exclusive-sur-l-ambition-au-feminin

 

Voir aussi: Histoire du travail des mères par Anne-Françoise Praz, Professeure associée à l’Institut d’histoire contemporaine de l’Université de Fribourg auteur de " La mère dans son contexte: une femme qui a le plus souvent concilié la maternité avec d’autres activités".

 http://www.cooperation-online.ch/histoire