Conciliation des temps de vie: quelle galère!

Conciliation des temps de vie: quelle galère!

 

Difficile conciliation entre vie professionnelle et vie familiale : un retentissement certain sur la qualité des relations parents-enfants

Quel avenir leur préparons-nous si rien ne change ?

 

 

A la vieille de la 11 éme semaine de la qualité de vie au travail, prévue du 16 au 20 juin prochain, sur le thème «Concilier vie privée et vie professionnelle: santé, égalité et organisation du travail en questions », Rilato–Formation reprend l’interrogation suivante : « si la gestion du travail est inadaptée à la vie de famille, quel avenir préparons-nous à nos enfants si rien ne change ? »

 

Les mutations importantes dans l’organisation du travail et sa cohorte de nouveaux enjeux sont venues bouleverser et restructurer la vie quotidienne des salariés–parents. Pour le chercheur Eric Lebreton, le 1er bouleversement a concerné le fonctionnement des entreprises et la modification du travail. Ces dernières inscrites désormais dans une logique de réactivité, d’innovation, et de flexibilité et sont pourvoyeuses d’emplois atypiques de types: CDD, travail saisonnier ou intérimaire, temps partiels, horaires décalés, travail de nuit, travail du week-end, journée à grandes coupures….

Le 2eme bouleversement a concerné la réorganisation des territoires de travail et de vie. Les activités et les populations se sont concentrées sur des agglomérations qui tendent à s’étirer. Le problème concerne d’abord les grandes agglomérations. La somme de ces 2 bouleversements complique la vie quotidienne. En effet, la frontière entre vie professionnelle et vie familiale, ténue, floue et pleine de chevauchements, intègre désormais une 3éme dimension: celle de la mobilité quotidienne, appelée, par Eric Lebreton, «péri-travail». Il faut compter en moyenne 2h de transport par jour pour se rendre sur son lieu de travail. La mobilité résidentielle rendue difficile en ville par le coût des loyers et les problèmes de garde d’enfants génèrent par extension des dysfonctionnements dans la vie familiale, une reconfiguration de la vie de couple auxquels peuvent se surajouter une insatisfaction des conditions de travail, le manque de reconnaissance…On voit là une cascade de désavantages qui pèsent sur les familles, principalement sur celles à revenus moyens voir modestes.

Si ces dimensions ne relèvent pas du travail, elles sont le produit de sa transformation: les entreprises, conscientes de cette 3eme sphère, se doivent de proposer des réponses.

Les dirigeants ou DRH commencent à prendre conscience de l’intérêt qu’ils auraient à favoriser et à soutenir activement des actions favorisant la conciliation des 3 sphères. Des entreprises commencent à s’inquiéter des répercussions économiques d’une organisation des tâches de plus en plus épuisante et génératrice de stress pour le Salariés-Parent. Certaines tentent des aménagements horaires, mais outre leurs flexibilité, les propositions pour améliorer la vie du salarié-parent sont jugées encore trop peu nombreuses.

Les dirigeants ou DRH seraient 68 % à considérer cet enjeu comme « central » pour l’entreprise et notamment celle de plus de 100 salariés. Ils ne rejettent pas non plus la responsabilité de la prise en compte de cette question, puisque pour 58 % d’entre eux l’articulation famille-travail est d’abord l’affaire de l’entreprise, contre 42% qui estiment que c’est davantage l’affaire des pouvoirs publics. Enfin, 57 % d’entre eux considèrent qu’il faudrait « encore innover en termes d’offres de services mis en place au profit des salariés ». Un point de vue partagé par 72% DRH des grandes entreprises de plus de 100 salariés.

Certains d’entre eux, ont compris que s’ils veulent attirer et garder les salariés en bonne santé psychique et physique, qu’il fallait proposer des aides réduisant les complications liées au péri-travail. Les nombreuses études effectuées dans des domaines variés ont démontré depuis longtemps le rôle du stress dans l’émergence et le développement de pathologies et en particulier dans les environnements de travail sous la forme des risques psychosociaux.

 

 
Dans quelles mesures ces conditions de vie impactent sur la vie familiale du salarié parent, sur la relation au conjoint et aux enfants? Le temps passé avec le conjoint, avec les enfants est-il de qualité?
 

Des études ont largement démontré les interactions bidirectionnelles entre les sphères travail/famille.

La famille interagit également dans le travail. Les absences en raison de la maladie d’un enfant ou de conflits familiaux réduisent la concentration au travail, augmentent les risques de ne pouvoir assumer ses missions.

Le travail interagit sur la famille: les préoccupations liées au travail suivent le salarié–parent, ne lui permettant pas de participer pleinement à la vie familiale. Plus les difficultés au travail sont importantes moins les relations familiales sont chaleureuses. En effet, les retombées du stress du travail sur le ménage favorisent les conflits avec les membres de la famille. Ils deviennent plus fréquents et les mariages moins stables.

Par ailleurs, la forte dépendance des enfants en bas âge accentue globalement le degré de participation des mères. L’enjeu est donc important de soutenir les salariés-parents, les femmes notamment, qui, depuis toujours et aujourd’hui encore, se retrouvent majoritairement en charge de la garde des enfants et de la double journée de travail.

Nous en croisons beaucoup qui ont l’impression de s’épuiser à essayer de concilier les temps de vie. De leur propos ressortent un sentiment de culpabilité, la difficulté à trouver du temps pour soi, l’arrêt des activités de loisir … Autant de points qui les font entrer dans le cercle vicieux des insatisfactions, des frustrations et du stress. Le problème de l'adulte devient rapidement celui de l'enfant dont le comportement s’en fait l’écho. Jugés dérangeants ou socialement inacceptables, ils sont la réponse immédiate d’un environnement familial perturbant.

Et selon la manière dont l’adulte s’y prend pour gérer le problème, il influence le développement de la personnalité de l’enfant et ses rapports à ces parents, aux autres, au monde. Une mauvaise expérience, isolée n’a pas ou peu d’impact mais la multiplication de petites, voire même d’insignifiantes expériences finit par influencer le cours d’une vie. Et tout cela se passe sans que rien de visible, heureux ou de malheureux ne se produise.

Si les parents ont trop à faire, ils manquent de temps pour leurs enfants, ils en sont conscients, le déplorent et s’en préoccupent : ils se disent moins satisfaits de leurs «performances» de parents. Les temps de qualité entre les parents et les enfants deviennent plus rares, les tensions plus fréquentes. On comprend pourquoi la montée des exigences des salariés-parents pour une vraie qualité de vie.

 

Repères:

Eric Breton MA, Ph.D est titulaire de la Chaire Inpes « Promotion de la santé » à l’EHESP financée par l’Institut National de prévention et d’éducation pour la santé.

http://www.ehesp.fr/annuaire/enseignement-recherche/eric-breton/

 

Johannes Siegrist, sociologue de formation, a été Professeur de sociologie médicale à la Faculté de Médecine de l’Université de Düsseldorf, Allemagne, jusqu’en 2012. Il est actuellement « Senior Professor » dans cette Université..

http://www.college-risquespsychosociaux-travail.fr/site/medias/Johannes-Siegrist.pdf

et une vidéo:

http://video-documentaire.com/videos/mon-boulot-quelle-galere/

 

Mais aussi:

Le travail, sa valeur et son évaluation par Pierre-Michel Menger, Chaire "Sociologie du travail créateur" (Collège de France).

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